Qualité de l’air : La Météo du Souffle se déploie

Lauréat de l’appel à projets [R]Challenge porté par la Métropole de Lyon mi 2018, le programme Météo du Souffle poursuit son ingénieux développement. Son objectif ? Croiser les données sur les pollens et la qualité de l’air pour offrir à la population des mesures précises sur le bien-être respiratoire, en rapport avec l’âge et la santé. Territoire test, Lyon-Confluence accueille de premiers capteurs en mars 2019.

À Lyon, la qualité de l'air est un vrai sujet de préoccupation pour les acteurs du territoire

À Lyon, la qualité de l’air est un vrai sujet de préoccupation pour les acteurs du territoire

Le projet a mûri dans la tête de Benjamin Guinot, chercheur au CNRS, qui travaille depuis longtemps sur la question de la pollution de l’air, notamment en Chine. Rapidement, le Réseau National Pollens (RNSA) et le CEA ont rejoint l’aventure. Avec l’ambition de fournir un service de prévention individualisée : « Concrètement, les personnes pourront recevoir sur leur téléphone un baromètre individualisé de leur niveau de bien-être respiratoire pour la journée en cours et sur 48 h. Et si la personne est fragile, cela doit l’inviter à se mettre à l’abri, à adapter ses déplacements, à ajuster son itinéraire, comme ne pas traverser les parcs en période de pollinisation par exemple. L’ambition ? Offrir un service pour que les personnes vivent mieux leur environnement. »

Le constat d’origine : des données cloisonnées et pas simples à déchiffrer

Si le consortium CNRS-RNSA-CEA en est venu à se lancer dans la création de cette solution (qui mobilise une équipe de 5 personnes à temps plein), c’est parce que les données, telles qu’elles sont compilées aujourd’hui, montrent, pour Benjamin Guinot, des limites. « Les univers des pollens et de la pollution de l’air s’ignorent alors qu’ils ont un dénominateur commun : la santé respiratoire, explique-t-il. De plus, les éléments ne sont pas forcément faciles à saisir pour un public malade qui en aurait besoin. On mesure parfois des choses qui n’ont pas grand intérêt, comme le SO2. Il y aurait des indicateurs plus pertinents à relever, mais ça met du temps à bouger au niveau réglementation. »

Mars puis mai 2019 : les Polcube® en action à La Confluence

Soucieux de ne pas attendre et de dépasser le constat que « les informations s’arrêtent à la mesure sans arriver à se rendre utiles », le chercheur et ses acolytes travaillent pour « casser les barrières et parler aux premiers concernés, directement. » Informer en temps quasi réel quelle est la qualité de l’air que la population respire et ce à quoi elle est exposée : voilà la prouesse que l’équipe va bientôt réaliser, aidée en cela par les moyens déployés sur la Métropole de Lyon : La Confluence, bientôt territoire-test, mais aussi le Tubà, qui accompagne le projet sur la partie usages et permet des liens avec des collectifs d’usagers, des malades notamment. Sur La Confluence, justement, ce sont 15 béta-testeurs qui entrent en action en mars 2019, en participant à des prises de données grâce à quatre premiers capteurs. En mai, ce seront cette fois les Polcube® qui s’installeront. Implantés en quatre endroits stratégiques (zones résidentielles, espaces publics, voirie…), ils vont mesurer quantité de pollens et de polluants, croiser les données et proposer une analyse fiable des risques et de leurs causes.

La qualité des données, un enjeu majeur

Cette qualité, c’est un point crucial pour Benjamin Guinot : « Nous serons très attachés à la qualité des données et c’est pour cela que le travail de mise en place est long, explique-t-il. On nous dit souvent qu’il y a, en de nombreux points du territoire, des données pollens par exemple. Mais ce ne sont que des extrapolations de points de mesure sans aucune garantie de qualité. Les nôtres seront plus qualitatives et adaptées au profil que les gens renseigneront. Car aujourd’hui, on dit « La qualité de l’air est mauvaise. Populations à risques, attention. » Mais comment savoir réellement si je suis à risque ? »

Un financement à trouver

Reste la question de la gratuité du service numérique (une application téléchargeable), pour laquelle l’équipe est également pleinement mobilisée, afin de trouver des financements, et aidée en cela par trois étudiants de Master de Paris Dauphine. « La santé respiratoire doit être la préoccupation de tous car c’est le premier enjeu du développement durable, clame Benjamin Guinot. Aujourd’hui, des millions de nos concitoyens se déplacent avec des difficultés pour respirer, sans être en mesure d’identifier les causes de leur gêne et donc de s’en prémunir. » La Météo du Souffle pourrait bientôt leur apporter une bouffée d’oxygène, en multipliant ses capteurs sur un vaste territoire.

[R]Challenge, qu’est-ce que c’est ?

Lancé par la Métropole de Lyon en 2018, il s’agit d’une démarche d’innovation ouverte en faveur de la qualité de l’air. C’est-à-dire ? Faire le pari que le numérique va aider à changer le comportement des gens vis à vis de la qualité de l’air. Et lancer un appel à projets pour qu’entreprises, start-ups et particuliers proposent des services numériques innovants, incluant dans leur dossier un prototype et une méthode d’expérimentation. La Métropole de Lyon, ATMO Auvergne Rhône-Alpes et la Banque des territoires étaient les trois pilotes de l’opération, accompagnés par TUBA et Nod-A. 28 dossiers ont été déposés. 8 d’entre eux ont été retenus pour être accompagnés lors d’un hackathon de 3 jours, en juin 2018. Tout au long de la démarche, des partenaires comme le Cerema, 1kubator, l’IFSTTAR ou le centre Max Weber ont apporté leurs expertises dans des domaines complémentaires et aspects techniques. À l’arrivée, mi-2018, 5 projets ont été retenus pour être expérimenté en grandeur réelle sur le territoire de la Métropole de Lyon : Météo du Souffle donc, mais aussi Airmap, Geoptis, R#sens et Togeth’air. Le test auprès de panel d’utilisateurs, la viabilité économique et la capacité à être dupliquée sur d’autres territoires seront notamment scrutés. [R]Challenge s’inscrit dans une démarche plus globale de qualité de l’air et a été lancé dans le cadre du plan Oxygène adopté en 2016 par la collectivité.